Maturité

Jean-Pierre de Kerraoul - Sogemédia
La canicule que nous venons d'endurer aura eu au moins un mérite, celui de faire réfléchir les Français. Pour l'immense majorité d'entre eux, le sort des climato-sceptiques est réglé : le réchauffement est bien là et chacun a compris qu'il risquait de s'aggraver. Les débats auxquels a donné lieu cette longue et violente alerte ont également montré que les solutions pour prévenir et/ou s'adapter à une telle crise sont complexes à mettre en œuvre. Il se trouve que nous entrons dans le long processus qui doit aboutir à l'adoption d'un budget de l'Etat pour l'année prochaine. On va donc nous rappeler que les seuls intérêts liés à notre dette publique nous coûteront bientôt 100 milliards par an, soit plus que le budget de l'Education nationale, et combien le poids des dépenses publiques (Etat, collectivités locales et protection sociale représentent au total 57 % du produit intérieur brut) paralyse en réalité toute action politique. Il pénalise en même temps notre pouvoir d'achat puisque impôts et cotisations sociales entraînent un coût du travail trop élevé pour les entreprises et des salaires trop bas. Pour en sortir, c'est-à-dire retrouver un minimum de maîtrise des dépenses publiques, il faut cesser de rêver aux formules magiques : taxer les riches, ne plus remplacer les fonctionnaires partant en retraite, etc. Aucune n'est à l'échelle du problème, loin s'en faut. Et pour que tout le monde accepte de consentir l'effort indispensable, pas d'autre solution que de trouver des compromis sur les questions difficiles, les retraites par exemple. Cela tombe bien, il est probable qu'au lendemain de la présidentielle nous n'ayons pas plus de majorité à l'Assemblée nationale - même si sa composition sera différente - qu'aujourd'hui. Nos députés peuvent donc s'entraîner dès cette année et ils en sont capables, comme ils viennent de le montrer en adoptant une loi sur la fin de vie. Mais il faudra que la prochaine campagne présidentielle mette la dette en scène ; elle n'est pas une question technique mais de maturité politique, qui nous concerne tous. La canicule nous a fait réfléchir, la dette paralysante doit aussi s'imposer à nos esprits.




