3.536 milliards

Jean-Pierre - de Kerraoul
Ce n'est pas le sujet le plus sexy en cette rentrée 2026, mais il s'invite déjà - et c'est heureux - dans la pré-campagne présidentielle. La semaine dernière, le taux d'intérêt de notre dette publique (3.536 milliards d'euros) est passé à 4,1 % pour des échéances à dix ans, soit des conditions plus onéreuses que celles réservées à l'Italie. Et les seuls intérêts versés pour le financement de cette dette ont augmenté de 5 milliards au premier semestre 2026. Dans un contexte international marqué par la hausse des prix du pétrole, des guerres et la reprise de l'inflation, le risque de crise financière est patent ; mais la dégradation de la situation particulière de la France nous conduit surtout, chaque année un peu plus, à une paralysie de l'action publique car nos gouvernements n'ont plus de marge de manœuvre. Dès lors, tout programme pour le prochain quinquennat qui n'intégrerait pas une proposition crédible de redressement des finances publiques relèverait de l'illusion. Et elle passera forcément par des mesures impopulaires. Dans l'immédiat, il va falloir commencer par voter un budget pour 2027, avec une croissance faible (0,7 % attendu en 2026) et 28 milliards d'économies à trouver pour un déficit inférieur à 5 %. L'actuel Premier ministre appelle les parlementaires à débattre en responsabilité, c'est-à-dire à rechercher des compromis sans agiter la censure. A défaut de budget, ce serait une perte de PIB d'au moins 0,5 point, une aggravation de la situation à gérer par le futur locataire de l'Elysée et un très mauvais signal envoyé aux marchés financiers. L'instabilité politique, donc l'absence de cap économique et de prévisibilité, représentent en effet le handicap majeur aux yeux des prêteurs, donc un facteur de hausse des taux. Que cela plaise ou non, nous sommes dans une économie mondialisée, où personne ne peut jouer seul. Pour faire face aux dépenses militaires, à celles nécessaires à la transition écologique, à l'éducation, à la santé... et au financement de notre modèle social, on n'évitera pas de produire plus, donc de travailler au moins autant que nos voisins européens. Le poids de la dette de notre pays n'est plus financièrement supportable, il ne faut plus qu'il soit politiquement supporté, ni même toléré. Sauf à faire de tout projet un mensonge.





