L’échec

jpk - tif
Le protocole d'accord à signer par les Américains et les Iraniens va être commenté par chacun des belligérants comme le témoignage de sa victoire. Ce que l'on en sait donne plutôt à penser qu'il traduit pour tous un échec, dont les conséquences se feront durablement sentir pour eux-mêmes et pour le monde entier. Si l'on s'en tient aux objectifs affichés par les Etats-Unis et Israël, à savoir la disparition définitive de la menace nucléaire iranienne et la fin du régime des mollahs, on est très loin du compte. Sur le nucléaire, les milliards de dollars engloutis et les milliers de victimes, majoritairement civiles, n'auront abouti qu'à un compromis à peu près équivalent à celui obtenu par la négociation en 2015, imprudemment déchiré par Trump au début de son premier mandat. Au mieux, l'effectivité de la menace aura été écartée pour un temps, mais la défiance est désormais à un tel niveau entre les protagonistes qu'elle ne pourra que renforcer la tentation iranienne de contourner tout accord. Tant qu'on ne sera pas parvenu à intégrer l'Iran dans un équilibre économique et politique international que le pays trouve intérêt à respecter, on ne le dissuadera pas de se doter de la bombe. A cet égard, le seul fait que les Etats-Unis se soient trouvés contraints de négocier la fin des hostilités avec l'actuel régime iranien marque un cuisant échec et surtout un recul dans la stratégie d'interdiction du nucléaire militaire à l'Iran. Aujourd'hui, non seulement ce régime s'est maintenu malgré la décapitation de la plus grande partie de sa hiérarchie, mais il a pu expérimenter la puissance - sans doute bien plus efficace et beaucoup moins coûteuse que le nucléaire - que lui offre son contrôle du détroit d'Ormuz. Certes, l'éloignement de la guerre au quotidien verra ressurgir le risque d'une contestation populaire dans une situation économique catastrophique et ses alliés dans la région, en particulier le Hezbollah libanais, sont très affaiblis, mais il sait résister. En face, Trump a eu besoin de signer parce qu'il a des élections en novembre et parce que ses réserves de pétrole s'épuisent. Les mollahs n'ont pas ces soucis et pendant ce temps la croissance mondiale s'essouffle et l'inflation revient. L'échec est une maladie terriblement contagieuse.
