Urgence I.A.

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Et si l'humain faisait de la résistance ? Là où tout a commencé, aux Etats-Unis, c'est pour l'I.A. l'heure d'un peu plus que d'un soupçon de doute. Et chez ceux dont on l'attendait le moins. Parmi les jeunes Américains, ils sont seulement 18 % à voir dans l'I.A. une source d'"espoir" et les étudiants d'une université de l'Arizona ont récemment sifflé l'ancien patron de Google venu en conférencier. Des inquiétudes et des oppositions se multiplient face aux énormes besoins en énergie des data centers et la brutalité du discours dominant sur le caractère inéluctable et dévastateur de la technologie - qu'il faut adopter d'urgence, sauf à péricliter - suscite des rejets. Les divagations pseudo-philosophiques de certains promoteurs du transhumanisme s'avèrent pourtant moins intéressantes que les appels à mettre sur pause un développement de l'I.A. que ses responsables eux-mêmes redoutent de ne plus contrôler. Plus édifiantes encore sont les interrogations des investisseurs, appelés à déverser chaque année des centaines de milliards - 750 milliards de dollars en 2026 pour les quatre grands acteurs - dont la rentabilisation, au moins pour les usages grand public, paraît très incertaine. Si l'un de ces grands dévissait, que deviendraient les autres et la croissance américaine qu'ils portent pour 90 % ? Et si l'engouement pour "l'invention du siècle" retombait, quid des effets sur les bourses mondiales et une situation financière déjà inflammable ? L'exemple des 73 milliards perdus dans le projet Metavers de monnaie virtuelle, que vient d'abandonner Meta, est dans toutes les têtes. Bien sûr, toutes les grandes innovations dans l'histoire - l'imprimerie, les chemins de fer, l'électricité, l'informatique... - ont suscité des oppositions avant d'être acceptées parce qu'elles rendaient d'incontestables services ; mais leur utilisation a donné lieu à des règles, comme cela devient le cas pour Internet et comme leur absence est catastrophique dans les réseaux sociaux. On commence à mesurer les dangers dans tous les domaines, y compris pour la démocratie, d'une I.A. hyper puissante et hors de contrôle. Loin des discours prométhéens ou catastrophistes, il est urgent que les apprentis sorciers deviennent régulateurs.





