Dégagisme

jpk
En cette rentrée 2026, la France ne va pas fort : inflation et chômage à la hausse, taux d'intérêt élevés qui freinent investissement et consommation, dette publique dont la charge (75 milliards cette année) est devenue le premier poste budgétaire de l'Etat. Pour beaucoup de Français, il en résulte un sentiment de déclassement, pour le pays et pour eux-mêmes, imputable à l'échec collectif des partis et dirigeants politiques qui se sont succédé au pouvoir. D'où l'humeur dégagiste qui imprègne tous les sondages, au profit des extrêmes, à sept mois de l'élection présidentielle. Or, à lire les programmes et entendre les intéressés, on constate à quel point les mesures radicales proposées, si elles étaient appliquées, nous conduiraient rapidement dans l'impasse. Interdire le déficit budgétaire par une "règle d'or" inscrite dans la Constitution, selon Marine Le Pen, tout en garantissant la retraite à 60 ou 62 ans ? Ne pas sortir de l'U.E. mais renégocier tout ce qui gêne le RN, y compris en remettant en cause le soutien à l'Ukraine ? C'est évidemment impossible, financièrement et politiquement, sauf à paralyser puis neutraliser l'U.E., objectif majeur de Poutine. Annuler 20 % de la dette française, d'un trait de plume, comme s'y engage Jean-Luc Mélenchon ? Tout en taxant très lourdement les "nuisibles", comme les dénomme Manon Aubry, recette assurant un exil fiscal massif des intéressés. Ne plus reconnaître une dette, ce serait détruire la confiance des prêteurs, donc rendre impossible le refinancement de la dette française, autrement dit entraîner notre faillite et la fin de la zone euro. Bien entendu, de telles mesures ne seront pas appliquées, mais le seul fait de les afficher inquiète par avance les marchés financiers internationaux - comme la perspective d'une absence de budget 2027 voté dans les délais - et montre combien les responsables des partis extrêmes ne tiennent aucun compte, en espérant séduire les électeurs, des contraintes internationales et géopolitiques qui s'imposeront dans tous les cas. Il faut souhaiter que la campagne qui s'ouvre donne lieu à un vrai débat sur la stratégie de redressement du pays entre des candidats ne jetant pas d'emblée les réalités par dessus bord. Le dégagisme exprime une humeur mais ne fait pas un projet.





